Pour des communes actrices de mixité dans les métiers scientifiques, techniques et technologiques

Publié le 2 mars 2026

Pour des communes actrices de mixité dans les métiers scientifiques, techniques et technologiques

À l'approche des élections municipales, Elles bougent attire l'attention sur le rôle déterminant que les communes et intercommunalités ont à jouer pour renforcer la mixité dans les métiers scientifiques, techniques et technologiques.

Dans un contexte de réindustrialisation, de transition écologique et de pénurie de compétences, la sous-représentation des femmes dans ces secteurs constitue un enjeu stratégique pour l'attractivité et le développement de nos territoires.

C'est pourquoi l'association publie son plaidoyer : « Pour des communes actrices de mixité dans les métiers scientifiques, techniques et technologiques », et formule 15 propositions concrètes et immédiatement mobilisables à l'échelon locale.

15 propositions pour des collectivités actrices de la mixité des métiers

Pour une véritable mixité des exécutifs municipaux

La loi du 21 mai 2025 visant à généraliser le scrutin de listes paritaires à toutes les communes aux élections municipales quelle que soit leur taille sera appliquée pour la première fois en mars prochain. Elle doit être l'occasion de faire un saut qualitatif, en rompant avec une parité purement numérique au profit d'une égalité réelle dans l'exercice du pouvoir local et le partage des responsabilités exécutives Car seules 36% des adjoints au maire sont des femmes malgré une augmentation de 5,2 points par rapport à l'avant 2020. Les portefeuilles dits techniques (travaux, urbanisme, voirie, transports) sont sous-occupés par les femmes, majoritairement cantonnées aux compétences sociales et culturelles. [1]

Il est donc temps de dépasser les stéréotypes de genre et de leur confier des portefeuilles dits « techniques » en leur donnant davantage de visibilité mais aussi et surtout en leur permettant de façonner des politiques publiques répondant à leurs besoins et aspirations.

En matière d'urbanisme par exemple, les espaces publics sont bien souvent encore bien souvent inadaptés aux usages et à la sécurité des femmes. Davantage d'adjointes à l'urbanisme, à la voirie ou encore aux transports pourrait permettre de retravailler l'éclairage public, les emplacements et la forme du mobilier urbain. Idem pour les équipements sportifs municipaux et cours d'écoles qui ont besoin d'être repensés pour encourager les pratiques féminines.

Proposition 1 : Confier des portefeuilles techniques aux femmes dans les exécutifs municipaux

Pour des villes et EPCI engagées en faveur de la mixité en tant qu'employeurs

Les communes et EPCI (Établissements publics de coopération intercommunale) doivent contribuer en tant qu'employeurs à lutter contre les stéréotypes de genre et à développer la mixité dans les métiers techniques.

Selon la direction de la recherche, des études et des statistiques du ministère du travail, dans les collectivités territoriales, la filière technique est composée à 30% de femmes et 68% d'hommes. Les métiers de la maintenance des bâtiments, de l'exploitation et de l'entretien des voiries, sont occupés à 90% par des hommes[2].

Cette réalité impose une exigence politique claire : les postes techniques au sein des mairies et intercommunalités doivent être confiés à davantage de femmes, afin de rendre ces fonctions visibles, légitimes et accessibles à toutes.

En 2024, nous avions formulé des propositions à destination des entreprises[3] qui peuvent tout à fait s'appliquer aux collectivités :

Proposition 2 : Établir une culture de l'égalité en formant les managers et les agents et contractuels aux pratiques inclusives

Proposition 3 : Établir des indicateurs de performance de la diversité spécifiques aux managers.

Proposition 4 : Promouvoir les parcours féminins et les rôles-modèles dans la représentation des métiers techniques en participant notamment à des actions proposées par des associations telles qu'Elles bougent en direction des filles des établissements scolaires du territoire.

Proposition 5 : Réaliser des enquêtes internes pour identifier les stéréotypes présents au sein de la collectivité et mettre en place un baromètre avec des indicateurs de suivi pour mesurer les progrès réalisés et être ainsi en mesure de rédiger le rapport prévu par les communes de + 20 000 habitants.

Les politiques publiques locales constituent enfin un puissant levier de transformation dont les élus doivent s'emparer.

Pour une communication sans stéréotypes de genre et une mise en visibilité des femmes

Les villes se doivent ensuite d'être exemplaires dans leur communication interne et externe. C'est ce que prévoit l'article 6 de la Charte

Cela passe à la fois par le langage utilisé, et les représentations égalitaires sur tous les supports de communication et surtout la formation des professionnels à ces bonnes pratiques. [4]

Proposition 6 : Utiliser un langage égalitaire et des représentations non sexistes

Afin que les femmes se sentent pleinement représentées, incluses au même titre que les hommes et puissent s'identifier aisément à l'ensemble des fonctions et métiers, il est recommandé de privilégier, autant que possible, l'usage de mots épicènes (dont la forme est identique au féminin et au masculin) et les énumérations de termes féminins et masculins équivalents, présentés par ordre alphabétique. L'usage du point médian peut enfin être utilisé pour les phrases courtes lorsqu'il n'entrave pas la lisibilité.

Idem, en matière de représentation des fonctions et métiers sur les supports de communication. Sur les visuels représentent des métiers ordinairement très genrés, il est important de montrer des femmes et vice versa.

Proposition 7 : Former à la communication égalitaire tant à l'oral qu'à l'écrit.

L'adoption de la communication égalitaire implique la formation des agent•es communaux mais aussi des prestataires de la commune ainsi que les partenaires de la commune tels que ceux bénéficiant de financements comme les associations. Cela est à la portée des communes et collectivités de toute taille, notamment en diffusant le guide du Haut Conseil à l'Egalité. 

Proposition 8 : Promouvoir les portraits de femmes remarquables dans les publications et journaux communaux et intercommunaux.

La mise en avant de rôles modèles féminins constitue un puissant levier de prise de conscience des stéréotypes de genre et de lutte contre l'effet Matilda, ce processus historique d'invisibilisation des femmes scientifiques aux parcours remarquables. Elle permet également aux filles de se projeter, d'élargir le champ des possibles et de se reconnaître dans des trajectoires auxquelles elles sont encore trop peu exposées. Les communes ont très largement le pouvoir d'agir en mettant en avant des profils de femmes de leur territoire, qu'il s'agisse de professionnelles, d'agentes municipales ou de figures locales, tant dans les pages des journaux municipaux que dans les noms de rues et bâtiments publics.

Proposition 9 : Donner davantage de noms de femmes aux rues et équipements publics alors que seulement 6% des rues portant le nom de personnages remarquables en France portent le nom de femmes.

Pour agir contre les stéréotypes de genre dès la petite enfance et à l'école primaire

De récentes études soulignent très clairement que les stéréotypes de genre s'ancrent dès le plus jeune âge et expliquent, notamment, le décrochage des filles en maths dès le deuxième semestre de CP. [5] Le rapport de l'Inspection générale de l'éducation nationale publié en 2015 sur l'efficacité pédagogique de la réforme des rythmes scolaires de 2013 précisait en outre que : « les “ temps d'activités périscolaires ” ou “ nouvelles activités périscolaires ” auraient pu constituer un élément important dans une stratégie éducative fondée sur une prise en charge globale du temps de l'enfant. Dans les faits, ils ont d'abord très majoritairement consisté à combler le temps laissé vacant par la réduction de la journée de classe. »[6]

Dans ce contexte, les maires disposent de marges de manœuvre réelles pour agir et peuvent contribuer à faire évoluer les pratiques, en mobilisant sans tarder plusieurs leviers à leur disposition.

Proposition 10 : Sensibiliser les agents et les animateurs de la petite enfance et du périscolaire aux stéréotypes de genre et à la pédagogie égalitaire

Comme le prévoit le Plan d'action pour l'école maternelle de 2023[7], il est indispensable d'assurer une continuité entre les temps préscolaire, extrascolaire et scolaire ainsi qu'entre scolaire et périscolaire/extrascolaire.

Le Plan filles et maths de juin 2025 prévoit ainsi la formation de tous les enseignants dès le primaire à la pédagogie égalitaire associée à une sensibilisation aux stéréotypes de genre. Il paraît indispensable que cet effort ne s'interrompe pas à la porte de la classe. Les villes peuvent ainsi prendre part au dispositif en formant leur personnel (ATSEM, animateur/agents du périscolaire et centres de loisirs, personnel d'accueil petite enfance, agents des bibliothèques) afin de maximiser l'impact des actions actuellement déployées dans l'Éducation Nationale.

Proposition 11 : Veiller aux achats de jouets, jeux et livres non genrés dans les bibliothèques et les écoles

Plusieurs études soulignent que les jeux considérés comme masculins développent l'intelligence spatiale et sont axés construction, tandis que les jeux considérés comme féminins favorisent l'interaction, la communication, la résolution de problèmes et sont axés jeux de rôle. Ces différences nourriraient dès le plus jeune âge la sous-représentation des filles dans les filières scientifiques et techniques.

Les communes, dans leurs achats de livres, jeux et jouets, ont donc un rôle à jouer en tant qu'acheteurs publics pour les bibliothèques et médiathèques municipales, les accueils périscolaires, extrascolaires et petite enfance.

Proposition 12 : Promouvoir des actions pédagogiques dans les bibliothèques et médiathèques

Sensibilisation aux biais de genre à destination des enfants, jeunes et parents, activités de médiation scientifique à destination des filles, expositions sur des rôles-modèles féminins, présentation de livres jeunesse non genrés, etc., les bibliothèques et médiathèques municipales constituent de véritables acteurs de lutte contre les stéréotypes.

Proposition 13 : Soutien/recours à des associations organisant de rencontres avec des rôles-modèles féminins sur le temps post et périscolaire

En plus des actions proposées sur le temps scolaire, les mairies peuvent agir en organisant des ateliers de sensibilisation stéréotypes et la promotion de la mixité dans les filières STIM à destination des filles, telles qu'Elles bougent avec son programme Elles bougent en primaire[8].

Pour faire des marchés publics un puissant levier d'action des villes et intercommunalités en faveur de la mixité dans les métiers scientifiques et techniques

Dernier exemple d'axe d'intervention : prévoir des clauses de responsabilité sociétale dans les achats et marchés publics de construction, aménagement et gestion de réseaux et d'équipements publics (sportifs, de loisirs, hôpitaux, écoles, logements sociaux, pistes cyclables, réseaux d'énergie et de transports publics, etc.) afin de favoriser les entreprises engagées et/ou de les encourager à déployer des initiatives concrètes en faveur de l'égalité femmes-hommes, notamment dans les métiers techniques et scientifiques et de lutte contre la discrimination.

Nombres de ville exemplaires telles que Bordeaux, Lyon et Paris agissent déjà dans le cadre du « Label Diversité et égalité femme/homme[9] ».

D'autres collectivités doivent rejoindre le mouvement en s'engageant de manière progressive et adaptée, en fonction des enjeux traités ainsi que de la taille et des capacités des entreprises concernées.

Proposition 14 : Exclure des marchés publics ceux qui ont été sanctionnées pour méconnaissance des dispositions relatives à l'égalité professionnelle femmes/hommes (art.1146-1 du code du travail) et à la discrimination (Art. 225-1 du code pénal) en vertu de l'article L.2141-4 du code de la commande publique.

Proposition 15 : Prévoir des clauses d'attribution et de progrès dans le cadre des marchés favorisant ou encourageant les entreprises engagées dans une démarche de mixité

À titre d'exemple, des clauses peuvent être modulées selon la taille des marchés et des entreprises attributaires, prévoyant notamment des mesures favorisant le recrutement et la promotion des femmes, des actions de sensibilisation des filles à travers des rôles modèles, la formation des équipes aux stéréotypes ou encore l'affectation de personnel féminin à l'exécution du marché, etc.

On le voit champ d'action potentiel des communes et des EPCI est très large. Mesdames et Messieurs les candidat.es aux élections municipales, il ne vous reste plus qu'à vous en saisir pour contribuer à faire progresser la mixité dans les métiers scientifiques, techniques et technologiques.

Lire le plaidoyer complet

[1] EPRS | European Parliamentary Research Service Author : Vasilis Margaras ; Graphics : Stephanie Pradier Linking the Levels Unit PE 769.526 – March 2025

[2] DARES, Analyses n°79, dec. 2013.

[3] https://www.ellesbougent.com/actions/sensibilisation/

[4] https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/guide-pour-une-communication-publique-sans-stereotypes-de-sexe-0

[5] https://www.nationalgeographic.fr/sciences/biais-de-genres-mathematiques-ecart-de-niveau-entre-filles-et-garcons-se-creuse-des-entree-a-lecole-primaire

[6] https://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/41/0/2015-042_efficacite_pedagogique_de_la_reforme_des_rythmes_scolaires_494410.pdf

[7] https://www.education.gouv.fr/bo/23/Hebdo2/MENE2300949N.htm

[8] https://www.ellesbougent.com/engagement/reseau-educatif/primaire/

[9] https://www.fonction-publique.gouv.fr/devenir-agent-public/choisir-le-service-public/prevention-des-discriminations-et-promotion-de-la-diversite-dans-la-fonction-publique/sengager-dans-une-demarche-de-labellisation-diversite

Les marraines vous répondent