Femmes ingénieures : une nouvelle génération qui progresse, des inégalités qui persistent

Publié le 4 septembre 2026

La place des femmes dans l'ingénierie évolue. Elles sont de plus en plus nombreuses à choisir ces formations et à investir les métiers scientifiques et techniques. Mais derrière cette progression, les écarts avec les hommes restent importants, notamment dans les choix de spécialisation, l'accès aux responsabilités et les rémunérations.

L'Observatoire des Femmes Ingénieures 2026, réalisé par l'association Femmes Ingénieures à partir de l'enquête IESF 2025 portant sur les données 2024, permet de dresser un état des lieux de ces évolutions. L'analyse repose sur plus de 30 525 réponses valides, dont 6 287 de femmes ingénieures.

Pour Elles bougent, ces données rappellent l'importance d'agir dès l'orientation, mais aussi tout au long des parcours, pour que davantage de filles puissent se projeter dans l'ensemble des métiers techniques, technologiques et scientifiques.

Une génération d'ingénieures de plus en plus présente

Premier constat encourageant : 62 % des femmes ingénieures ont moins de 40 ans, contre 42 % des hommes ingénieurs. Les femmes représentent par ailleurs environ 30 % des diplômés de la promotion 2023 selon la CDEFI — 28 % selon les données de l'enquête IESF, en raison de différences de périmètre.

Cette dynamique générationnelle témoigne d'une progression réelle. Pourtant, en activité, les femmes restent très minoritaires : elles représentent 22 % des ingénieurs en activité en 2024, sur une population dépassant légèrement le million de personnes.

Autrement dit, la féminisation avance, mais la parité reste encore loin d'être atteinte.

Toutes les spécialités ne progressent pas au même rythme

La question ne se limite pas au nombre de femmes qui deviennent ingénieures. Elle concerne également les domaines vers lesquels elles s'orientent.

Les écarts apparaissent dès la formation. Les femmes sont particulièrement présentes en chimie, génie des procédés, biologie, santé et biotech : 20 % des femmes s'orientent vers ce pôle, contre 7 % des hommes. À l'inverse, un écart de 11 points en faveur des hommes subsiste en électronique, télécommunications, informatique, génie logiciel et cybersécurité.

Ces différences se retrouvent ensuite dans les secteurs professionnels. Les femmes ingénieures restent notamment sous-représentées dans les services informatiques, l'industrie du transport ou encore la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques.

C'est précisément l'un des enjeux auxquels Elles bougent souhaite répondre : permettre aux filles de découvrir la diversité des métiers et des secteurs avant que leur orientation ne soit déjà déterminée, en leur donnant accès à des rôles modèles auxquels elles peuvent s'identifier.

Être ingénieure ne signifie pas encore accéder aux mêmes responsabilités

Les écarts se prolongent au cours de la carrière.

Seulement 34 % des femmes ingénieures déclarent exercer des responsabilités hiérarchiques, contre 47 % des hommes. Elles sont également moins nombreuses à gérer un budget (42 % contre 51 %), à avoir la responsabilité d'un résultat financier (20 % contre 30 %) ou à participer aux décisions stratégiques (43 % contre 51 %).

L'écart est également important concernant l'international : 21 % des femmes déclarent y exercer une responsabilité, contre 33 % des hommes. En revanche, les niveaux se rapprochent lorsqu'il s'agit d'animer une équipe sans lien hiérarchique : 52 % pour les femmes contre 55 % pour les hommes.

L'Observatoire souligne ainsi la persistance d'une ségrégation verticale, tout en invitant à interpréter ces données avec prudence : les femmes interrogées sont en moyenne plus jeunes que les hommes et se trouvent donc plus fréquemment en début de carrière.

Des écarts de salaire qui augmentent avec l'âge

C'est l'un des constats les plus marquants de l'Observatoire : le salaire médian des femmes ingénieures reste inférieur à celui des hommes dans toutes les tranches d'âge.

L'écart est relativement limité en début de carrière, puis augmente progressivement. Les femmes ingénieures de moins de 30 ans affichent un salaire brut médian annuel de 42 000 €, avec un écart de -6 % par rapport aux hommes. Entre 30 et 39 ans, il atteint 56 000 € (-9 %), puis 72 000 € entre 40 et 49 ans (-13 %). Entre 50 et 64 ans, le salaire médian s'élève à 80 000 €, avec un écart qui atteint -20 %.

Les différences concernent aussi les rémunérations variables : 58 % des hommes ingénieurs bénéficient de primes, bonus ou avantages en nature, contre 44 % des femmes.

Ces chiffres doivent néanmoins être interprétés avec précaution. L'Observatoire rappelle que les populations comparées peuvent différer en matière d'âge, d'ancienneté, de métiers, de localisation ou encore de temps de travail. Les données présentées ne permettent donc pas, à elles seules, d'attribuer l'intégralité de l'écart observé à une discrimination salariale directe.

L'intelligence artificielle, un nouveau terrain de vigilance

Alors que l'intelligence artificielle transforme rapidement les métiers de l'ingénierie, un nouvel écart apparaît également dans son appropriation.

67 % des femmes ingénieures déclarent utiliser l'IA dans leur cadre professionnel, contre 75 % des hommes. Elles sont aussi moins nombreuses à déclarer connaître les cadres réglementaires européens : 19 %, contre 30 % des hommes.

Ces différences méritent une attention particulière. Les transformations technologiques en cours ne doivent pas devenir un nouveau facteur d'inégalités professionnelles. L'accès à la formation, à l'information et aux nouveaux outils constitue donc lui aussi un enjeu de mixité.

Agir tôt pour transformer durablement les trajectoires

Les chiffres de l'Observatoire dessinent finalement une situation contrastée.

D'un côté, une nouvelle génération de femmes investit progressivement l'ingénierie. De l'autre, des écarts continuent d'apparaître dans les spécialisations choisies, les conditions d'entrée dans l'emploi, les responsabilités exercées et les rémunérations. L'Observatoire relève toutefois plusieurs évolutions positives, notamment une diminution des écarts salariaux par rapport à son édition précédente.

Chez Elles bougent, nous sommes convaincus qu'une partie de cette transformation se joue bien avant l'entrée dans la vie professionnelle.

C'est pourquoi nous agissons auprès des filles dès l'école et jusqu'aux études supérieures, en leur permettant de découvrir les métiers techniques, technologiques et scientifiques, de rencontrer des femmes qui les exercent et d'élargir le champ des possibles au moment de leur orientation.

Parce qu'augmenter le nombre de femmes ingénieures est une première étape. Le véritable objectif est qu'elles puissent choisir toutes les filières, accéder à toutes les responsabilités et construire leur carrière avec les mêmes perspectives.

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