Publié le 16 février 2026
...est indispensable pour avoir un impact durable. »
Membre fondateur de l'association en 2006, Arts et Métiers multiplie les initiatives pour renforcer la présence de femmes dans ses programmes. Laurent Champaney, directeur général de l'école, revient sur les impacts de ce partenariat durable et livre sa vision des orientations à privilégier pour les prochaines années.
En 2016, Arts et Métiers, avec le soutien d'Elles bougent et de la Fondation Égalité Mixité, a conçu un dispositif innovant : une exposition photo, complétée d'un livret de témoignages, mettant en scène 18 ingénieures diplômées de l'école en tenue de travail, dans leur environnement professionnel. 10 ans plus tard, son aventure itinérante se poursuit avec le concours d'académies et de rectorats. « Après avoir circulé dans nos différents campus, l'exposition est toujours régulièrement présentée dans des collèges et lycées, avec en complément des interventions d'alumni », confirme Laurent Champaney, directeur général d'Arts et Métiers.
Cette initiative illustre la force d'un partenariat inscrit dans la durée, qui s'est renforcé en 20 ans et a démontré sa capacité à faire bouger les lignes. « Dans les années 2000, le taux de féminisation de nos promotions stagnait autour de 8 %. Nous devions agir pour changer les choses et faire évoluer l'image d'une école d'ingénieurs proposant des formations à forte dimension industrielle. En une dizaine d'années, nous avons réussi à atteindre les 17 %, en partie grâce au travail engagé avec Elles bougent. »
Au fil du partenariat, et notamment ces dernières années, Laurent Champaney a constaté une évolution dans plusieurs domaines : par exemple, dans la perception des alumni sur les enjeux de féminisation des promotions d'écoles d'ingénieurs et des effectifs de l'industrie ; ou encore dans les échanges avec les entreprises partenaires – « toutes connaissent désormais Elles bougent, et elles sont sensibles à notre engagement de membre fondateur ».
Un engagement qui se retrouve dans les initiatives d'Arts et Métiers pour féminiser la gouvernance de l'école, ainsi que de son corps enseignant et scientifique ; avec la mise en valeur d'étudiantes dans les actions de communication ; ou encore par la présence dans les salons promouvant les métiers de l'industrie et la place des femmes dans tous ses métiers.
Lynn Aizarani, étudiante en mastère spécialisé EXPPER « Expert en projets et production d'énergies renouvelables » et marraine Elles bougent : Dès mon arrivée au campus Arts et Métiers d'Aix-en-Provence, après mes études d'ingénieur à l'université américaine au Liban, j'ai été informée des actions d'Elles bougent par la responsable communication et événementiel. Je n'ai pas bénéficié de rôle modèle pendant mes études, mais j'ai eu la chance d'avoir un camarade de classe, au lycée, qui m'a incitée à envisager des études d'ingénieur. En étant marraine, j'ai l'occasion de jouer ce rôle pour d'autres filles, d'ouvrir leur champ des possibles. Lors de mes deux premières interventions, dans des collèges, j'ai souhaité faire passer plusieurs messages : l'importance de croire en soi et en sa volonté, de poser des questions, de pas se mettre en retrait quand on est dans un environnement masculin ; et le rôle majeur de l'ingénierie pour comprendre, concevoir, fabriquer, optimiser la plupart des objets et services utilisés dans la vie de tous les jours, et pas seulement des fusées.
2026 sera marquée par de nouvelles initiatives, comme un prochain colloque organisé avec l'AFDESRI (Association des femmes dirigeantes de l'ESRI), qui sera dédié aux carrières féminines dans la recherche et l'innovation ; ou encore des actions en phase avec l'inscription, en 2027, des noms de 72 femmes de sciences sur la Tour Eiffel. « Nous réfléchissons à des projets dédiés aux élèves ingénieures, encadrés par des enseignantes et ingénieures d'études ou de recherche », précise Laurent Champaney.
Sans compter « un sujet qui lui tient particulièrement à cœur » : introduire des personnages d'ingénieur•e dans des séries très regardées par les adolescents. « En 2026, nous devons sortir du cadre pour capter ce public en mobilisant leurs codes, leurs canaux d'information et de divertissement. Comme l'ambitionne Elles bougent, il est important d'inventer de nouveaux formats – par exemple, de soutenir les comptes d'élèves ingénieures sur les réseaux sociaux, dans lesquels elles racontent leur quotidien et partagent leurs expériences personnelles », indique Laurent Champaney, qui estime essentiel de « sortir d'une logique de métiers extraordinaires, de secteurs qui font rêver, pour évoquer le rôle des ingénieurs dans la conception – toute aussi passionnante – de produits du quotidien ».
Ces dernières années, au sein ou en dehors de l'école, le directeur général d'Arts et Métiers constate une tendance aux initiatives de niche, par exemple des associations de femmes ou d'étudiantes ingénieures propres à une filière, une spécialisation. « Pour parler efficacement aux jeunes, notamment les adolescentes, il est indispensable de s'inscrire dans un mouvement plus important. C'est la force d'un dispositif aussi développé, impactant, performant, qu'Elles bougent, avec le concours de nombreux partenaires et de marraines d'une grande diversité des parcours. »